DÉMOCRATIE

La femme la plus courageuse d’Afghanistan : Malalai Joya

Transcription du Podcast du mois d’aout 2008 : Malalai Joya

Bienvenue au Musée International des Femmes, et au podcast mensuel de cette exposition "Les Femmes, le Pouvoir et la Politique". Cette interview spéciale de cinquante minutes a été produite en collaboration avec les séries par le Musée : Voix extraordinaires, changements extraordinaires.

Notre voix du mois, Malalai Joya, a été surnommée "la femme la plus courageuse d'Afghanistan."

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Depuis le début, au Parlement, à chaque fois que je veux prendre la parole, ils éteignent le micro. Et puisqu'ils n'ont pas pu me faire taire par la menace ou par les insultes, ils m'ont menacé de viol au sein même du Parlement. Donc vous imaginez ce qu'ils peuvent faire aux femmes en dehors du Parlement. La situation de la femme est pire que jamais auparavant.

--Malalai Joya

Malalai Joya a été élue au Parlement de l'Afghanistan, elle est la benjamine des élus. Elle est actuellement suspendue pour avoir osé déclarer à voix haute ses opinions. Le 16 juillet 2008, Malalai a été interviewée à San Francisco en Californie, devant un public. C'est Marilyn Fowler, fondatrice et présidente du réseau Women's Intercultural Network, qui l'interviewe. Chris Yelton, Présidente Directrice Générale du Musée International de la Femme, introduit cet événement.

CHRIS YELTON: Ce soir, nous avons l'honneur d'accueillir une femme qui a créé et qui crée encore une différence de taille : Malalai Joya. Elle est le plus jeune membre élue du Parlement National de l'Afghanistan, et par le passé, elle a été élue déléguée de l'Assemblée Constitutionnelle de l'Afghanistan. Ms. Joya a consacré sa vie à la lutte en faveur de la démocratie et en faveur des droits des femmes.

Ms. Joya est devenue célèbre à l'âge de 25 ans, quand elle s'est élevé contre les ex combattants des Moudjahidines qui dominaient l'assemblée constitutionnelle de l'Afghanistan et qui sont à présent membres du Parlement national du pays. Elle a dénoncé les Moudjahidines, elle les a accusés de porter la responsabilité de la guerre civile afghane, qui ne s'est achevée qu'en1996, quand les Talibans ont pris le pouvoir. C'est la position qu'elle a prise qui lui a valu sa suspension du Parlement National de l'Afghanistan en 2007, suspension qui fait actuellement l'objet d'un appel. Et sa position lui a valu également de nombreuses attaques, des menaces de viol, de mort, ainsi que quatre tentatives d'assassinat.

Elle a été nommée la "femme la plus courageuse d'Afghanistan" par la BBC, et Ms. Joya ne s'est pas laissé atteindre par les dangers auxquels elle doit faire face : elle continue à soutenir sa position contre les chefs des Moudjahidines. Si en Afghanistan, elle ne peut se déplacer que recouverte de la burqa, avec une escorte d'hommes armés, Joya a bien dit qu'elle ne se laisserait pas intimider et que rien ne l'empêcherait, selon ses propres mots, de « s'attaquer aux chefs militaires avec beaucoup de détermination. »

Née dans la province excentrée du sud-ouest, Farah, Ms. Joya a passé presque toute son enfance dans les camps de réfugiés entre le Pakistan et l'Iran. Elle est revenue en Afghanistan sous le régime Taliban, et même si l'éducation était interdite aux femmes, elle a ouvert une école pour les femmes et les cours y étaient secrètement assurés. Pendant ce temps, Malalai a également établi un orphelinat et une clinique médicale, et elle s'est bien vite retrouvée face aux Talibans. C'est un grand honneur pour nous de vous avoir avec nous ce soir, Ms. Joya.

Elle va discuter avec Marilyn Fowler, fondatrice et présidente du réseau Women's Intercultural Network. Le réseau WIN est une organisation consultative non-gouvernementale auprès des Nations Unies qui relie les femmes au delà des barrières culturelles dans le monde entier, et qui relie aux États-Unis les communautés dédiées à l'action collective. C'est ensemble que nous accueillons ces deux femmes extraordinaires.

FOWLER: Merci, Chris. J'ai vraiment hâte de savoir ce qui se passe en Afghanistan. Je sais que nous avons toutes hâte de le savoir, parce qu'en réalité, nous ne savons pas vraiment ce qui se passe à l'intérieur du pays. Mais je voudrais commencer à interviewer Malalai, parce que vous avez entendu son histoire, vous avez entendu sa biographie. Je veux entendre son histoire.

Parlez-nous de votre enfance. Elle a quitté son pays pendant l'occupation soviétique, elle a vécu dans les camps de réfugiés en Iran et au Pakistan, elle est rentrée dans son pays, sous le régime Taliban... quelle était la vie d'une enfant dans un pays sous occupation comme le votre?

JOYA: Merci. Tout d'abord, je veux remercier les amis du Musée International de la Femme, qui m'ont invité en me donnant l'occasion de parler de la tragédie qui a lieu actuellement dans mon pays, l'Afghanistan, mais également d'évoquer les réalités de ce que les États-Unis et l'OTAN ont appelé la guerre contre la terreur.

Pour répondre à votre question, quand la Russie a attaqué l'Afghanistan et les marionnettes qui étaient au pouvoir, la plupart des afghans ont quitté l'Afghanistan parce que les conditions de sécurité étaient très mauvaises et en raison de la détérioration de la qualité de vie. Nous aussi, nous avons quitté l'Afghanistan, d'abord pour l'Iran, j'avais alors quatre ans, puis, quand j'ai eu sept ans, nous nous sommes installé au Pakistan. Quand j'ai fini mes études en 1998, je suis rentrée avec ma famille en Afghanistan. C'était le régime taliban, et il n'y avait aucune possibilité pour une femme ou une jeune fille d'aller à l'école, vous connaissez ces gens, de véritables fascistes, qui sont contre la démocratie, les droits des femmes, les droits de l'homme en général.

J'étais heureuse à cette époque, j'étais devenue une activiste clandestine, je luttais pour les droits des femmes. Nous avions organisé des cours d'alphabétisation pour les jeunes générations, même pour les filles, des cours d'école primaire par exemple, entre autres. Mais tout se passait de manière clandestine, nous avions plusieurs de problèmes, cependant j'étais heureuse parce que nous parvenions à éduquer quelques jeunes filles qui avaient mon âge, ou qui étaient plus jeunes, et il n'y avait aucune autre chance pour elles.

Mais après deux années passées à travailler dans ces conditions, nous avons quitté la province d'Harat et avec ma famille, nous avons déménagé pour la province de Farah, d'où nous sommes originaires. Nous y avons organisé des activités de promotion de la santé et de l'éducation. De nouveau, je travaillais pour le compte de cette ONG pendant la période de Taliban, qui s'appelle l'Organisation de Promotion des Capacités des Femmes Afghanes, connue en Afghanistan sous le nom d'OPAC. Nous seulement nous avons pu lancer des activités dans le domaine de l'éducation, mais aussi dans le domaine de la santé.

Comme l'a dit notre amie Chris, en tant que clinique, nous devions donner des médicaments gratuits aux patients, autant que possible, mais nous faisions également office d'orphelinat, de cours d'alphabétisation, d'informatique, mais malheureusement, actuellement, jour après jour, notre projet se réduit de plus en plus, en raison du manque d'argent et parce que les membres du gouvernement, chefs militaires ou magnats de la drogue, sont corrompus, comme bon nombre de personnes. Je veux dire certaines ONG démocratiques ou partis démocratiques que nous avons en Afghanistan.

Nous avons tellement de problèmes de sécurité, de problèmes économiques, mais nous sommes heureux. Les gens nous soutiennent, et nous avons bon espoir qu'ensemble, avec notre peuple, grâce à l'aide des amis de la démocratie du monde entier, hommes et femmes vont pouvoir travailler main dans la main pour améliorer les activités que nous désirons mettre en place, en particulier dans le domaine de l'éducation.

FOWLER: Mais comment êtes vous sortie de la clandestinité en tant qu'activiste?

JOYA: Et bien, j'étais l'ainée de ma famille, et quand nous avons quitté le camp de réfugiés de Peshawar au Pakistan, à la fin du lycée, j'avais déjà commencé à agir en tant qu'activiste sociale. J'ai commencé à enseigner l'alphabétisation. Le matin, j'étais une étdiante comme les autres. Et le soir, je devenais professeur. C'était ma première expérience de travail. Et je travaillais au service de mon peuple, et plus particulièrement des femmes.

Quand j'ai terminé l'école en 1998, j'ai préféré travailler avec cette ONG, commencer à travailler pour eux je veux dire, parce que leur objectif principal était d'organiser des activités en faveur des femmes, des jeunes filles et des enfants, qui, disaient-ils, sont le plus souvent les premières et les principales victimes au cours d'un conflit. C'est pour cela que j'ai pris la décision de continuer à travailler avec eux, et que je suis rentrée en Afghanistan en acceptant de prendre ce risque, pour continuer à lutter pour mon peuple à leurs côtés contre les ennemis des femmes, des droits de l'homme et de la démocratie dan notre pays.

FOWLER: Et vous avez été élue au Parlement en 2003, c'est bien cela?

JOYA: Oui. J'étais en contact étroit avec les habitants de certains villages où cette association travaillait, et j'allais parfois effectuer des distributions pour la population, pour les pauvres, au nom de cette ONG. Et tout le monde me connaissait. Nous organisions des activités en faveur de l'éducation et de la santé. Quand je me suis présentée, j'étais la plus jeune candidate, et je n'étais pas sure que les gens votent pour moi, à l'âge que j'avais, mais après les élections, j'ai compris que c'était moi qui avait gagné et cette victoire est une grande responsabilité qui repose sur mes épaules.

Et quand je suis allée à la Loya Jirga en 2003, j'ai vu ces gens dont j'avais beaucoup entendu parler dans les camps de réfugiés, quand j'étais en contact étroit avec la population quand j'étais activiste sociale sous le régime des talibans, et après également. J'ai lu des livres sur ces gens-là. Ce sont des assassins, tout le monde le sait. Ils sont les criminels de notre pays, des chefs militaires ou magnats de la drogue, et malheureusement, après le 11 septembre, ils sont venus au pouvoir sous le masque de la démocratie. Et c'est ce qui s'est également passé pour notre Loya Jirga en 2003.

Pour la première fois, je les ai vus à visage découvert. Certains de ces criminels, que même le Comité des Droits de l'Homme avait dénoncés en tant que criminels recherchés, qui devaient comparaitre devant la cours de justice. Et avec la Loya Jirga, ils se sont révélés comme anti-démocrates. C'est pour cela que je pense qu'il s'agit d'une bonne tribune pour se faire entendre. Je m'en sers pour le bien de mon peuple, pour démasquer ces chefs militaires, ces criminels. Tout le monde sait ce qu'ils ont fait, tout le monde sait qu'ils ont voulu tromper l'opinion publique du monde entier. Et cela a changé ma vie.

FOWLER: Parlez-nous de la place des femmes au Parlement. Nous avons, dans ce pays, 16% de femmes au Sénat. Vous avez entre 22 et 23% de femmes dans les deux chambres. C'est bien cela ? Au Parlement?

JOYA: Au Parlement, par exemple, sur 249 sièges, 68 sont occupés par des femmes. C'est bien plus, par exemple, qu'au Parlement Européen. Pour tous ceux qui l'apprennent, c'est une bonne nouvelle. Cela semble être une bonne nouvelle. Mais malheureusement, comme la majorité des sièges, au Parlement, appartient aux chefs militaires, magnats de la drogue, et aux criminels, qui ont triché, qui ont employé la violence des armes, qui ont eu le pouvoir et qui ont contrôlé l'Afghanistan ... c'est pour cela qu'ils ont réussi à se faire élire à notre Parlement national.

Donc la plupart des représentants du peuple ne le représentent pas vraiment, et il y a même quelques femmes parmi eux, ces chefs militaires qui continuent à œuvrer : parmi eux, on trouve certaines femmes fondamentalistes qui ont fait des études. Nous avons en proportion beaucoup moins d'hommes et de femmes démocrates au Parlement. Malheureusement, on peut presque les compter sur les doigts de la main. Mais la majorité des sièges appartient à ceux qui sont contre les droits des femmes. Un jour, il y a même eu une femme fondamentaliste qui m'a menacé de mort, et qui m'a dit "Si tu ne restes pas en silence, je vais te faire ce qu'aucun homme n'oserait te faire, fais attention."

Et je lui ai simplement répondu: "A mes yeux, tu es une victime. » Nous avons aussi ce genre de femmes au Parlement. Malheureusement, il y a moins de femmes démocrates en proportion, et parmi les 68 femmes qui siègent, la plupart ont simplement un rôle symbolique, pour tromper l'opinion publique mondiale en quelque sorte.

FOWLER: Est-ce que les femmes, ... est-ce que la majorité des femmes au Parlement travaille ensemble? Je veux dire, avez-vous l'impression d'appartenir à une sorte de groupe de solidarité féminine?

JOYA: Comme je l'ai dit, la majorité des membres du Parlement ne sont pas de bons représentants, ils viennent d'un milieu trouble et sont en lien les uns avec les autres. Ils ont la même mentalité que les talibans, mais c'est l'extérieur qui a changé, parce qu'avant le régime taliban entre 92 et 96, ils ont fait la guerre civile en Afghanistan. A eux seuls, dans la capitale de l'Afghanistan, ils ont tué 65 000 victimes innocentes. Et ils ont commis de nombreux actes de violence contre les droits des femmes et les droits de l'homme en général.

Et ils ont pris le pouvoir, ils sont nos représentants au Parlement, malheureusement. C'est pour cela que je dis que la plupart de ces hommes et de ces femmes qui sont élus au Parlement ne sont pas de véritables représentants du peuple. Les membres du parlement qui sont démocrates s'entendent bien entre eux. Malheureusement, nous sommes en minorité. Nous ne pouvons rien faire, parce qu'ils se servent de la démocratie contre notre peuple, et la majorité des sièges leur appartient, ils font ce qu'ils veulent, ni plus, ni moins.

Par exemple, je me souviens qu'au début des sessions parlementaires, ils s'inquiétaient vraiment parce que c'était l'époque où Saddam Hussein a été pendu. Ils se faisaient du souci en se demandant quand leur tour viendrait de comparaitre devant les cours de justice pour y être jugés. Et la première chose qu'ils ont faite en arrivant au parlement, c'est de lancer une amnistie générale, les criminels ont décrété que les criminels, c'est-à-dire eux-mêmes, étaient pardonnés, cela leur était facile puisqu'ils étaient au Parlement.

FOWLER: Et bien...

JOYA: Ils ont voté, et même notre Président a ratifié cette amnistie indigne. Les gens ont organisé des manifestations. Avec d'autres députés démocrates, j'y suis allée, nous avons protesté contre cette décision infâme, mais qui a entendu notre voix? Et j'aurais de nombreux exemples semblables à vous raconter, en Afghanistan, aujourd'hui, la loi demeure sur le papier. La constitution elle-même, c'est bien beau, mais elle demeure dans l'étagère de ces chefs militaires, enfermée dans les cabinets de ces chefs militaires et de ces magnats de la drogue qui sont au gouvernement et qui continuent à tromper le monde entier.

Et aujourd'hui, en Afghanistan, c'est la loi de la jungle. Par exemple, au sein du parlement, il y a eu quatre passages à tabac de journalistes. Nous jouissons de la liberté de la presse selon les termes de notre constitution. Mais ils menacent de mort les journalistes au sein même de la maison du peuple. Il n'y a en réalité aucune liberté d'expression, alors que cette liberté constitue la base de la démocratie, ainsi, j'ai personnellement reçu à de nombreuses reprises des menaces de mort au sein du parlement. Ils m'ont menacé en me disant qu'ils allaient me violer dans le Parlement. Un des députés fondamentalistes a hurlé : « emparez-vous d'elle et violez-la ! » Donc vous imaginez ce que c'est en dehors du parlement, ce qu'ils peuvent bien faire aux femmes. Et la condition de la femme est pire que jamais auparavant, et j'aurais de nombreux exemples à vous donner.

FOWLER: Mais n'ont-il pas fait voter... fait voter une loi spécifique pour vous faire expulser du Parlement en raison de vos prises de position?

JOYA: Oui. Comme je l'ai déjà dit, depuis le début au Parlement, à chaque fois que je prends la parole, les micros sont coupés, je reçois des menaces de mort, etc. Mais comme leurs menaces n'ont pas suffi à me faire taire, ou en coupant les micros, ou en m'insultant, etc, ils font de la censure. Ils censurent les interviews que je fais, et aussi mes discours au Parlement.

Mais récemment, voila environ un an, avant le 21 mai, j'ai fait une interview à propos du Parlement, qui est, comme je l'ai dit plus haut, divisé en deux clans. L'un de ces deux clans, ce sont les démocrates, comme je l'ai expliqué, ils ne sont que très peu au Parlement, et malheureusement, ils n'ont que peu de chances de faire bouger les choses, très peu de chances. La seule chose que nous pouvons faire, c'est de protester contre leurs décisions, par le biais de certains médias, malheureusement, là aussi, nos opinions font l'objet de la censure. Et aujourd'hui, je suis quasiment bannie des médias.

Et ils font également usage de mes interviews, ils ont censuré la première partie de l'un d 'entre eux, où je parlais de la démocratie. Dans la deuxième moitié de l'interview, je parlais de ces députés fondamentalistes ou de ces soi-disant députés plutôt, en disant que c'était la jungle. C'est comme dans la jungle : ils ont commis des crimes dans le passé, et ils en commettent encore de nombreux aujourd'hui, au nom d'une soi-disant démocratie, et ils agissent à l'encontre du peuple en mélangeant Islam et politique, et cela est particulièrement néfaste pour les femmes. Je vais vous donner quelques exemples, pour vous montrer que c'est comme une conspiration politique.

FOWLER: Attendez juste un instant... quelle était la citation exacte, celle où vous dites à la télévision, en évoquant la législature : « dans une étable ou dans un zoo, cela se passe mieux. Au moins, les mules portent leur fardeau et la vache vous donne du lait."

JOYA: Oui j'ai bien dit cela.

FOWLER: Et comme je l'ai dit plus haut, c'est peu en comparaison de ce qui se passe avec nos propres élections. Et pourtant, ils l'ont éjectée du parlement, simplement à cause de cette déclaration.

JOYA: Ce que je veux dire ici, c'est qu'au moins, vous avez... bon je ne connais pas parfaitement la manière dont fonctionne votre Parlement, mais je suppose que la plupart de ses membres sont pour la démocratie, et que cela ressemble donc bien à la maison des représentants du peuple. Il y a moins de chance pour que les fondamentalistes gèrent tout, et au moins les démocrates peuvent jouer leur rôle et faire quelque chose.

Peu importe: en Afghanistan, tous les pouvoirs sont aux mains des fondamentalistes et le pays est contaminé par les voix de ces fondamentalistes. En particulier, au Parlement, la majorité des sièges leur appartient, et c'est comme si il y avait eu une conspiration politique : ils se sont servi de l'une de mes interviews pour me censurer.

Je n'ai pas beaucoup de temps donc je vais vous donner seulement deux exemples... disons que certains membres du parlement commettent de tels crimes, et que vous les comparez des animaux, comme je l'ai fait en parlant de cette étable. Par exemple, l'un des députés se nomme Piramkul, il a tué deux enfants innocents. L'un d'eux avait sept ans, l'autre six. Il les a mis dans un sac, a rempli le sac de pierres et les a jetés dans une rivière, vivants. Et puis les gens ont fini par retrouver leurs cadavres.

Ils ont organisé une grande manifestation dans la province de Tahar, mais personne ne les a écoutés, et ce soi-disant député continuait à festoyer au parlement, et le père des deux enfants est arrivé en larmes. Les gens criaient et me disaient : "Malalai, dites partout qu'ils ont tué nos enfants avec autant de brutalité. Pourquoi les tuer, ce n'étaient que des enfants ! " Un autre député avait un fils, avec trois autres, ils ont violé une fille de 14 ans. Elle s'appelait Bashira et venait de la province de Sar-e Pol. Aujourd'hui le fils est libre parce qu'il est le fils d'un soi-disant député. Mais si ce n'était pas le cas, ce fils devrait comparaitre devant les tribunaux pour répondre de son crime avec ses complices.

Il y a un autre de ses soi-disant députés. Il s'appelle [Seyof]. Il s'empare par la violence des terres et il a créé un état dans l'état dans la province de Parvan. Et quand les gens ont fait des manifestations et ont brulé une effigie de [Seyof] en lui jetant des pierres, il a fait tuer environ 60 personnes, et il y a eu d'autres blessés. D'autres ont été kidnappés et enfermés dans ses prisons personnelles.

Et personne n'ose en parler au Parlement. Le peuple a organisé quatre manifestations, une fois aux portes du Parlement. Et je pourrais donner d'autres exemples des crimes qui sont perpétrés aujourd'hui. Par exemple, il y a un autre criminel recherché qui s'appelle [Rabani], originaire de Badakhshan, qui profite aujourd'hui du Parlement. Il y a un groupe de chefs militaires qui ont violé une jeune femme de 22 ans devant ses enfants, avant d'uriner dans la bouche et sur le visage des enfants.

Et quant aux médias, pour quelques jours seulement, ils donnent les nouvelles, mais personne ne lance de procès, personne n'ose en parler, la justice n'existe pas. La liste est longue, des crimes commis par ces soi-disant membres du parlement. Parlons du chef du Parlement, [Kanuni], il était auparavant le ministre de l'éducation. Il a détourné 25 millions de dollars sur le budget de l'éducation. Un procès est en cours. Aujourd'hui, l'avocat général est en charge de 30 membres du parlement, qui doivent comparaitre devant la justice, mais ils ne sont pas prêts d'être jugés.

J'ai tant d'exemples à donner. Ce sont des animaux, ils commettent des crimes, ce sont des bêtes sauvages, mais on dit qu'ils sont membres du Parlement. Ils disent qu'ils sont du Parlement, qu'ils ne sont pas des brutes. Tant d'exemples comme ceux-ci. Mais aujourd'hui, ils censurent mes interviews, et les utilisent contre moi. Demain, les gens organiseront des manifestations. Une fois, une chaine de télévision s'est servie de l'une de mes interviews contre moi.

Une autre chaine de télévision a interviewé des gens du monde entier sur ce qu'ils pensaient. Pardon, pas du monde entier, seulement des pays autour de l'Afghanistan. Ils posaient cette question : "Êtes-vous d'accord avec Joya quand elle dit qu'ils se comportent pire que des bêtes?" 80% des gens ont dit oui, et 20% ont dit non. Un autre soir, ils ont posé une autre question : "Peut-elle réintégrer le Parlement ?" 90% ont dit oui, 10% ont dit non. Et ils ont lancé des manifestations, et aussi en dehors de l'Afghanistan, les gens ont manifesté leur soutien du monde entier, mais qui écoute leur voix?

J'ai beaucoup d'exemples à donner, et ils m'ont dit que si je m'excusais, je pouvais réintégrer le Parlement, et moi j'ai répondu : "Non. Je devrais m'excuser devant ces animaux, ces bêtes que sont ces criminels ?"

FOWLER: Et j'ai entendu dire que vous aviez œuvré contre les chefs militaires présents au parlement. J'aimerais savoir, comment se cachaient-ils ? Comment... qui sont les chefs militaires? Comment savez-vous qui ils sont vraiment?

JOYA: Oui, les chefs militaires, ce sont des criminels notoires. Comme je l'ai dit, entre 92 «et 96, ils sont venus faire la guerre civile en Afghanistan. Ils voulaient tous le pouvoir, et les fondateurs des partis fondamentalistes étaient de mèche avec la CIA et [ISI], comme [Rabbani], [Sayof], [Mohakech], [Halili], [Napiramkol], [Hazratelli], [Hajifferi], la liste de ces neuf personnes que vous pouvez voir maintenant sur le site Internet du Comité des Droits de l'Homme et dans de nombreux autres sites Internet. Si vous voulez, je peux vous donner des noms.

Comme [Ismailhan], aujourd'hui, de nombreux profitent du Parlement. Certains sont même ministres de Karzai, assistants de Karzai, et ils ont organisé un front national. Et quand ils en ont annoncé la création, Mr. Karzai a dit lui-même que derrière tout cela, il y avait des influences étrangères. Cela veut dire qu'ils sont des marionnettes au service de la Russie et de l'Iran. Notre peuple dit, "Mais si ce sont des marionnettes, alors pourquoi sont-ils dans l'entourage de Mr. Karzai?" Et aujourd'hui, il y a de nombreux exemples comme celui-là.

Ils ont le pouvoir, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, l'Afghanistan est un centre de la mafia, et c'est également pour cela qu'il y a beaucoup de violences commises contre les femmes. C'est le système qui est corrompu, je pourrais vous donner beaucoup d'exemples. Plus tard, si nous avons le temps, je vous donnerai des nouvelles vraiment choquantes, parce que la mentalité est restée la même que sous les talibans. En fait, malheureusement, après la tragédie du 11 septembre, ils ont pris le masque de la démocratie, et arborent costume et cravate, c'est la seule différence. Et ils se sont imposés à nous par le biais des États-Unis et de leurs alliés, c'était une stratégie politique et maintenant, c'est eux qui ont le pouvoir. Et malheureusement, les États-Unis et leurs alliés ont occupé le pays au nom de la démocratie, et de la défense des droits de la femme et des droits de l'homme. Et aujourd'hui, nous somme toujours aussi loin de ces valeurs que nous l'étions en 2001.

FOWLER: Mais quelles ont été les conséquences, je veux dire les conséquences réelles de l'invasion des États Unis?

JOYA: J'ai dit que notre pays court droit au désastre. Quelques exemples de la situation en Afghanistan. 93% de l'opium produit en Afghanistan. On le trouve même dans les rues de New York ou en Europe, et cela sous le nez de milliers de soldats des troupes US, car le plus grand problème de notre peuple, c'est la sécurité. Chaque jour, il y a des attentats à la bombe en Afghanistan. Quelques jours avant mon départ il y a eu un gros attentat à la bombe, un suicide épouvantable en face de l'ambassade de l'Inde, et plus de 200 personnes ont été tuées ou blessées.

Il y avait un bébé qui avait perdu sa mère et qui pleurait de toutes ses forces, et une famille que je connais a perdu cinq membres dans l'attentat. Une autre bombe a explosé, au cours d'une fête de mariage, le 6 juillet dernier. Il y a eu 48, non pardon, 47 personnes qui dont mortes, dont la mariée. La même chose s'est produite dans la province de Nuristan, là encore, 27 personnes le même jour. Chaque jour apporte son lot de terribles nouvelles. La liste pourrait se prolonger, et cela a lieu sous le nez et à la barbe des soldats US et des troupes.

Alors, quand la sécurité n'existe pas, comment parler de démocratie, de droits de la femme, de droits de l'homme? Et il y a tellement d'exemples comme ceux là, cela arrive également dans des grandes villes comme Kaboul, Herot, Mazar-e Sarif, où quelques femmes parviennent à accéder à un travail et à une formation, par exemple. Et ils montrent cela à la télévision, mais ne parle pas des terribles nouvelles et de la situation catastrophique dans laquelle est plongé l'Afghanistan, cela ne sert qu'à tromper les gens du monde entier, c'est de la poudre aux yeux.

Et c'est la politique des États Unis, mais aussi de ce gouvernement corrompu, des chefs militaires et des chefs du trafic de stupéfiant du gouvernement. Par exemple, vous voyez ces milliards de dollars que ce soi-disant gouvernement reçoit de la communauté internationale, au nom des veuves, des orphelins, de la reconstruction de l'Afghanistan, etc. Quelques mois plus tard, ils sont prêts à vendre leurs enfants pour seulement dix dollars. Vous y croyez?

Et il y en a même qui sont obligés de manger de l'herbe tellement ils sont pauvres, dans la province de au nord de l'Afghanistan, ce sont 15% de la population qui sont morts. Et dans une quinzaine d'écoles de la province de Nimruz, les portes se sont fermées, les professeurs ne veulent plus éduquer leurs élèves parce que cela fait trois mois qu'ils n'ont pas reçu leur salaire. Le salaire mensuel pour un professeur va de 60$ à 20$. Et comme tout est cher en Afghanistan, c'est vraiment un salaire de misère. Mais pendant ce temps là, ceux qui travaillent avec le gouvernement ont un bon, un très bon salaire, très élevé, très très élevé... Comment dire ? Mon anglais n'est pas très bon.

Peu importe, l'éducation est très importante. Vous devez voir que chaque jour, ils brulent les écoles, et les professeurs ne sont pas prêts à y aller, pas plus que les élèves, par manque de sécurité. Et il y a de nombreux problèmes comme cela aujourd'hui en Afghanistan. Quand vous comparez ce qu'il y a de négatif et ce qu'il y a de positif, je ne sais pas quoi vous dire... C'est très peu. Vraiment très peu. Si nous avions un gouvernement démocratique, si ce n'était pas ces chefs militaires ou magnats de la drogue qui avaient le pouvoir, il aurait été possible de reconstruire l'Afghanistan déjà deux fois avec tout l'argent que nous recevons du monde entier.

FOWLER: Mais le peuple d'Afghanistan, soutient-il Karzai aujourd'hui, ou non?

JOYA: Si aujourd'hui le peuple d'Afghanistan le soutenait, le gouvernement de Karzai ne serait pas aussi affaibli. Même Michael [McConnen], a dit que le gouvernement de Karzai ne contrôlait que 30% de l'Afghanistan, mais de la part de mon peuple, je veux vous dire que le gouvernement de Karzai ne contrôle en fait que Kaboul.

Même à Kaboul, vous entendrez parler de [Sirina] Hotel. Vous entendrez parler de ce dernier attentat en face de l'ambassade de l'Inde, c'est loin d'être un lieu sur. Vous entendrez parler de [Vasirak Balhanda], ce célèbre criminel, ou de [Dostom], un autre criminel, son lieutenant. Ils sont là, ils se battent, ils kidnappent, ils continuent leurs crimes, et personne n'ose les arrêter et leur faire un procès. Et je dois encore ajouter cet exemple, parce que jour après jour, la sécurité diminue, alors même que les gens disent que Karzai n'est pas capable de commander Kaboul.

Et c'est une chance pour les talibans, ces terroristes, pour qu'ils développent encore leurs activités. Et même les pays voisins se servent de la situation, l'Iran, le Pakistan, la Russie, L'Ouzbékistan, et cetera. Les États-Unis aussi sont contents, parce que comme cela, ils ont une bonne raison pour rester plus longtemps en Afghanistan. Et même le gouvernement de Karzai est content, ce gouvernement corrompu avec ses chefs militaires, parce qu'il y a beaucoup d'argent de la communauté internationale qui leur tombe dans les poches. Et ils sont toujours au pouvoir, et ils continuent à régner comme des fascistes.

FOWLER: Je vais maintenant passer aux questions du public. La première question: "La plupart des américains croit que la présence des États-Unis est importante pour l'Afghanistan. Qu'en pensez-vous ? Quel est votre point de vue?

JOYA: Comme je l'ai déjà dit, les États-Unis et leurs alliés occupent notre pays au nom de la démocratie et de la défense des droits des femmes et des droits de l'homme. Notre histoire montre bien que nous n'acceptons pas l'occupation. Par trois fois, l'Angleterre a attaqué l'Afghanistan, et elle a échoué. Et la Russie, cette superpuissance, comme les États-Unis, a essayé une fois elle aussi, mais en vain. Ils se sont confrontés à la résistance de notre peuple. Et je suis sure qu'un de ces jours, ces troupes aussi feront face à la résistance de notre peuple.

Aujourd'hui, vous voyez que les gens manifestent contre les troupes étrangères, et vous voyez aussi que sous le nez de milliers de soldats US, le plus grand problème de notre peuple demeure la sécurité. Et il y a même des bombardements sur certaines villes. Nous tuons les talibans, mais les gens ordinaires, ce sont eux les véritables victimes. La plupart d'entre eux sont des enfants et des femmes de notre pays. Et il y a de nombreux exemples comme celui là.

Par exemple, le gouvernement britannique dit : "Nous devons rester en Afghanistan pendant 38 ans pour combattre le terrorisme." C'est un exemple manifeste d'occupation. Notre peuple se moque qu'un pays, une superpuissance, avec 40 autres pays alliés, sont puissants, mais qu'ils luttent contre des talibans à la mentalité médiévale, ces terroristes qui ont été créés par les États-Unis avant d'être détruits par les États-Unis et leurs alliés. Comme je l'ai dit plus tôt, ils ont juste envie d'avoir une bonne raison pour rester plus longtemps en Afghanistan, et notre peuple dit, "De vous, nous n'attendons aucun bien, stoppez seulement les crimes." C'est aujourd'hui que cela se passe, sous vos yeux...

FOWLER: Bien. Mais alors que suggérez-vous? C'est la prochaine question ? Que voulez-vous suggérer aux États-Unis pour améliorer la situation en Afghanistan?

JOYA: Et bien notre peuple souhaite qu'après le 11 septembre, on donne une chance aux démocrates d'exercer le pouvoir, les démocrates, ceux qui ont été éduqués en Afghanistan, il y en a. En Afghanistan et à l'étranger, il y a des professeurs très bien formés. Nous avons des hommes et des femmes qui sont bien formés. Nous les avons, mais malheureusement, il n'y a pas de travail honorable pour eux. Le Gouvernement ne peut pas faire grand-chose, et jour après jour, il s'affaiblit. Et il y a beaucoup de problèmes, des problèmes de sécurité, des problèmes économiques, etc.

De toute façon, notre peuple souhaite qu'après le 11 septembre, ces démocrates prennent le pouvoir, c'est le seul choix alternatif. Mais ils ont mis au pouvoir cette Alliance du Nord, et depuis de nombreuses fois ils ont souhaité avoir dit : "Organisation démocratique, intellectuels démocrates, etc.", voila... par exemple, en 2003, j'ai dit moi-même que cette politique des États-Unis, ces alliés des États-Unis, c'est une mauvaise politique. C'est une imitation de démocratie, une fausse guerre contre la terreur.

Tout d'abord, s'ils veulent se montrer honnêtes avec le peuple afghan, il faut tenter de désarmer l'Alliance du Nord, petit à petit, car ils sont liés aux talibans, comme ils ont déjà désrmé [Ismailhan], qui était l'un des criminels les plus recherchés. Quelques années auparavant, ils l'ont réduit à l'impuissance. Ce n'est pas vrai. Un procès comme le D.D.R. [Doyog], ils l'ont fait quand ils voulaient, c'était facile pour eux. Et ils ont dit : "Non. Ismailhan est puissant, c'est impossible," etc. Mais un jour, il a tué 200 personnes, et il y a beaucoup de crimes comme ça dans l'ouest de l'Afghanistan, et cela leur était facile de l'arrêter.

De plus, la seconde option, c'est que la communauté internationale, avec les Nations Unies, disent à des pays comme l'Iran, le Pakistan, la Russie, l'Ouzbékistan, etc., d'arrêter, je les ai accusé de soutenir cette situation, de soutenir les talibans, et aussi cette Alliance du nord, leurs marionnettes. Et une troisième option, je vous le répète, c'est la seule alternative, c'est d'aider les hommes et les femmes qui soutiennent la démocratie en Afghanistan. Les intellectuels, les partis qui sont très nombreux.

Et ces sept dernières années, ces trois actions n'ont pas été mises en pratique. Donc ils ont occupé notre pays. C'est pour cela que notre peuple croit qu'ils doivent quitter l'Afghanistan dès que possible. Et vous voyez, il y a des manifestations contre les troupes étrangères. Et nous ne voulons pas subir l'occupations. L'histoire l'a bien montré. Aucune nation ne peut imposer la libération à une autre nation, j'en suis vraiment persuadée. C'est la responsabilité de notre propre peuple de faire advenir ces valeurs, je vous remercie, de faire advenir ces valeurs que sont la démocratie, les droits de la femme et les droits de l'homme.

Et notre seul espoir, c'est que des hommes et des femmes voulant la démocratie, des gens merveilleux comme vous aux États Unis ou comme d'autres personnes du monde entier, travaillent main dans la main avec les démocrates hommes et femmes, d'Afghanistan, avec le peuple d'Afghanistan, privé de liberté d'expression, souffrant, illettré, parce que personne n'écoute leur voix. Vous êtes le seul espoir. Et encore, je vous le redis, les nations ne sont pas leurs responsables politiques. C'est un grand honneur pour nous que de bénéficier de cette solidarité et du soutien inconditionnel de ce grand peuple que sont les États-Unis, ou de peuples du monde entier, cela nous redonne espoir, détermination, et courage pour continuer à lutter contre ces fondamentalistes et ces chefs militaires.

FOWLER: Bien, maintenant... une question... une question plus personnelle. Comment va votre famille, qui habite en Afghanistan? Quels traitements subit-elle?

JOYA: Ma famille, comme mon second nom, est mon nom personnel, que j'aime, personne ne sait ce que devient ma famille, où ils vivent. Ils sont en Afghanistan, mais heureusement, personne ne sait où pour des raisons de sécurité. Il y a beaucoup de propagande en ce moment en Afghanistan, ils m'ont bannie des médias, ils ont même pris mon passeport diplomatique, car ils savent que quand je vais à l'étranger, je les dénonce devant les grands peuples du monde entier. Et les gens de la province de Farah, avant qu'une lettre du gouvernement ne parvienne là bas, me font un autre passeport ordinaire. Ce geste montre bien la solidarité du peuple, et jour après jour, ce que je vous dis est vrai, jour après jour, les gens manifestent plus de soutien. Ce peuple, qui souffre beaucoup, qui vit dans une extrême pauvreté, je suis très honorée qu'il me soutienne et qu'il ne me laisse pas toute seule. Et ma famille aussi, ils ne sont pas mieux que le reste de la population. Heureusement, ils me soutiennent.

FOWLER: Bien. Parlez-vous avec d'autres gouvernements démocratiques dans le monde en dehors des États Unis, et si oui, quelle a été leur réaction?

JOYA: Démocratiques?

FOWLER: D'autres gouvernements démocratiques dans le monde entier.

JOYA: Oui. Les gouvernants, les officiels de haut rang, ne veulent pas me rencontrer, bien entendu. J'enlève le masque de leurs agents, par exemple des marionnettes qui sont à notre gouvernement aujourd'hui, et il n'y a que quelques démocrates qui travaillent avec le gouvernement de certains leurs sympathisants organisent des événements avec eux, en particulier les membres démocrates des Parlements de différents pays. Je les ai rencontrés. Vous pouvez le voir sur mon site Internet.

Mas ce n'est pas assez. Comme je vous l'ai dit, c'est une bataille longue et risquée. Nous avons besoin de davantage de soutien, et de solidarité. Plus que des politiciens, nous avons besoin du soutient des grands peuples du monde, pour qu'ils élèvent leur voix contre la politique que mène leur propre gouvernement, en particulier ceux qui travaillent avec ce gouvernement. Des démocrates, toujours, comme je le dis, le silence des peuples bons est pire que les actions des mauvais.

FOWLER: En tenant compte de votre longue histoire, selon-vous, quel peut-être un avenir réaliste pour l'Afghanistan et pour ses femmes?

JOYA: Pour les femmes, maintenant, c'est... c'est un peu comme un rêve pour notre peuple que ceux qui ont commis tant de crimes contre les droits de la femme et les droits de l'homme dans notre pays, en premier lieu, soient confrontés aux cours de justice nationales et internationales. C'est, bien entendu, notre principal désir, le désir de notre peuple, que physiquement, ils comparaissent devant la cour, mais en ce moment nous avons besoin d'un coup de main de la part des grands peuples démocrates, des activistes des droits de l'homme et des droits de la femme du monde entier.

Et pour la femme, en tant que membres de la population d'un pays, pour la femme, je dis toujours qu'un pays, une société, c'est comme un oiseau. SI l'une de ses ailes est blessée, comment l'oiseau pourra t'il s'envoler ? La société, bien entendu, c'est aussi la femme. Si elles ne jouent pas leur rôle, comment le pays peut-il s'améliorer ? C'est comme dans l'histoire de notre pays, nous avons eu de nombreuses héroïnes dans notre pays, et nous suivons leur pas, elles qui ont sacrifié leur vie pour leurs valeurs, pour les droits de la femme, comme Malalai [inintelligible], Nahid, Raijyah, Minah, qui sont les grandes responsables des femmes afghanes, qui croyaient dans les droits de la femme, ainsi que d'autres activistes qui ont récemment été assassinées en Afghanistan. Vous avez peut-être entendu parler d'elles, [Shekipa Sangalmaj], [Zekia Zeki], [Safi Almajan], Nadia [Enjeman], la liste serait longue.

Elles ont voulu jouer un rôle. Elles ont perdu leur vie, et il y a de nombreuses héroïnes secrètes aujourd'hui en Afghanistan; et clandestinement, elles sont à l'œuvre, et ouvertement, elles risquent leur propre vie. Mais personne n'écoute leur voix et elles ont besoin de votre aide. Et ce gouvernement ne veut pas donner de chance, pouvoir politique, économique, social et culturel.... je crois que si l'on donne sa chance à une femme démocrate, certaines d'entre elles en tout cas, tiendront leur rôle bien mieux que certains hommes. Mais malheureusement, ce gouvernement ne veut pas leur donner la chance.

De toute façon, je risque ma vie en travaillant pour cette cause, et les gens espèrent et souhaitent que ces fondamentalistes comparaissent, les responsables de la guerre en trois étapes qui a ravagé l'Afghanistan. Aujourd'hui, c'est la politique des États Unis qui a pour conséquence de réunir les criminels de ces trois périodes de guerre en Afghanistan: les marionnettes de la Russie, les moudjahidines criminels, et les chefs des talibans. Aujourd'hui encore, un membre du parlement est Talib, un autre membre du sénat est le Talib, le Mollah [As-Allarah] [Moni], le Mollah [Raketi] est au Parlement. Le Mollah [Matawakal], ministre des affaires étrangère des Taliban, mène une vie tranquille à Kaboul loin des écrans.

Ses frais sont payés par le gouvernement. Pourquoi ne va-t-il pas dans la prison de Guantanamo, avec ses comparses à l'esprit tordu ? Et [Rahmatallah Hoshibi], et d'autres criminels encore? Il était le porte-parole des Taliban quand ils ont détruit le statut de nos frontières. En ce moment, il est tranquillement à l'Université de Yale. Tout d'abord, les membres démocrates de Yale, ces professeurs, enseignants, étudiants démocrates, ils doivent expulser ces moutons noirs de l'université ! Pourquoi n'est-il pas à Guantanamo, nous avons beaucoup de démocrates, beaucoup de bons... comment vous dire, intellectuels, non, désolée, talents, ou étudiants, des étudiants afghans, aux États Unis, qui n'ont pas la chance d'aller à Yale.

Et il y a beaucoup d'exemples comme cela, qui prouvent que les États Unis ne veulent pas les capturer, et le seul espoir, je vous le redis encore une fois, repose dans les peuples démocratiques du monde entier, car pour travailler à cette tâche, il faut les confronter en justice. Ils sont les équivalents de Pinochet, Hitler, Khomeini, Mussolini, Suharto, etc. Un journaliste m'a dit : "Malalai, pourquoi ne pas accepter de compromis avec eux de temps à autre ? Cela peut amener du bien pour l'avenir de l'Afghanistan. Peut-être qu'ils regrettent le passé." J'ai répondu : "Tout d'abord, ils ne sont pas prêts de regretter."

Comme vous le voyez, c'est après le 11 septembre, et ils continuent avec leur pouvoir fasciste, et ils donnent une très mauvaise image de la démocratie à ce peuple d'Afghanistan qui a tant souffert, et en même temps, ils donnent une très mauvaise image de l'Islam aux gens du monde entier, ils commettent des crimes au nom de l'Islam contre nos peuples, et particulièrement contre la femme. Ils ont peur de la sécularisation. Donc aujourd'hui, ce sont eux qui règnent. Aussi longtemps qu'ils auront le pouvoir, il n'y a aucun espoir de changement positif pour les femmes et les hommes de notre pays.

FOWLER: Voici la question suivante, et la personne qui pose cette question nous alaissé son nom. Elle s'appelle Sylvia. Si vous preniez le pouvoir à Karzai, si vous enaviez personnellement l'opportunité, quelles sont les premières choses que vous feriez pour améliorer la vie des afghans, en particulier les enfants et les femmes?

JOYA: Oui. Tout d'abord, j'espère que ceux qui prendront le pouvoir seront des démocrates, et non des marionnettes. Et quand vous essayez de le faire honnêtement, quand vous essayez de faire quelque chose pour votre peuple qui vous regarde, que souhaitez vous faire sinon prendre des mesures pratiques ? Le peuple vous soutient. Et je crois que le pouvoir du peuple, c'est le pouvoir de Dieu. Si aujourd'hui ce peuple, ce peuple qui souffre soutenait ce gouvernement, il ne serait pas si faible.

Un autre objectif principal, c'est de rétablir la sécurité. Nous n'avons aucune sécurité, donc il est difficile de parler des autres valeurs, et aujourd'hui, nous n'avons pas la sécurité en Afghanistan. La sécurité est encore plus importante que la nourriture et l'eau. En tant que président, une personne qui prend le pouvoir, par exemple, après de nombreuses années de guerre en Afghanistan, doit accepter de prendre certains risques ! Voire même de risquer sa vie. Ne pas faire de compromis avec ses ennemis jurés, les ennemis comme notre président actuel qui fait des compromis avec ces chefs militaires.

Je vais vous en donner un exemple. [Izatellah Waseffi], [Izatellah Waseffi], pendant quatre ans, est allé en prison, en tant que chef du trafic de narcotiques. Et quand il en est sorti, il est devenu le gouverneur de la province de Farah, d'où je viens. D'où je viens, je veux dire que Farah est ma province. Et puis là, après six mois, il y a eu corruption, drogues, violences contre les femmes... Les gens ont manifesté, mais Karzai qui devait lutter contre cet homme, l'a fait monter à un poste encore plus important après les manifestations. Et aujourd'hui, ce [Izatellah Waseffi] est responsable de la lutte contre la corruption dans 34 provinces de l'Afghanistan.

Et il y a beaucoup d'exemples comme cela. En raison du manque de temps, je ne peux pas tout vous raconter. Mais la règle, c'est de ne pas accepter de compromis. Et puis, les études sont la clé de tout. La solution qu'il faut pour notre pays, car si les gens reçoivent une instruction, personne ne pourra plus les tromper. Et eux-mêmes s'opposent. Comme vous le voyez, les gens organisent des manifestations. La plupart d'entre eux n'ont aucune formation, ce sont des gens qui souffrent, homme ou femmes. S'ils faisaient des études, ils pourraient joueur pleinement leur rôle, bien mieux qu'aujourd'hui.

Voila les étapes qui mènent à la démocratie. Et encore, pour les enfants, bien sur, il faut que les familles n'aient pas peur que les enfants se fassent kidnapper, ou violer, car il y a des viols, cela augmente en Afghanistan, plus que jamais auparavant dans l'histoire de l'Afghanistan. Et malheureusement, en raison du manque de temps, je ne peux pas tout vous raconter. Il y a également la justice, c'est tellement important, les gens souhaitent, ils en rêvent encore, que les responsables des trois périodes de la guerre en Afghanistan, comparaissent devant les cours de justice nationales et internationales, c'est cela que nous voulons.

Et les chefs militaires, quand ils feront face à la cour, face à la justice, ils n'auront plus de pouvoir. Et les responsables n'oseront plus poursuivre à exercer ce pouvoir fasciste. Aujourd'hui, les gens sont comme pris en sandwich entre deux ennemis puissant : les talibans, qui sont des terroristes contre les États-Unis, et l'Alliance du Nord, qui sont des terroristes pro États-Unis. Mais les deux sont les ennemis de notre peuple.

FOWLER: Je veux vous poser une dernière question. Nous avons beaucoup de questions. Mais je me demande si en les écrivant, vous ne pouvez pas les mettre en ligne sur votre site Internet?

JOYA: Vous devriez les envoyer à mon site Internet. Malheureusement, en raison du manque de temps, maintenant je...

FOWLER: Oui.. bon, donnez-nous votre site Internet.

JOYA: Mon site Internet : malalaijoya.com.

FOWLER: OK. Alors juste une dernière question pour nous toutes. L'Afghanistan va être une question essentielle pour la prochaine élection présidentielle, que souhaitez-vous dire à ce sujet ? Qu'avez-vous envie de dire au prochain président, au prochain Congrès des États-Unis, qui va siéger en janvier prochain?

JOYA: Je veux vous demander de changer de politique, c'est une fausse démocratie, une fausse guerre contre la terreur. S'ils veulent être vraiment honnêtes avec le peuple afghan, et tenter de soutenir les démocrates, homme et femmes, les intellectuels d'Afghanistan qui malheureusement, sont très faibles en ce moment.

Et puis, ces troupes, dès que possible, elles doivent quitter l'Afghanistan, car nous n'acceptons pas l'occupation. Et puis, quand vous donnez de l'argent, ne le donnez pas à ce gouvernement corrompu de chefs militaires, comme l'a fait récemment la conférence de Paris, encore des millions de dollars qui ont été promis à ce gouvernement tellement corrompu. Je vous ai déjà donné des exemples du niveau de pauvreté extrême des gens, et il y a plus de 60% des gens qui aujourd'hui n'ont pas d'emploi, et c'est un besoin urgent de relancer le travail, il faut y travailler. Et bien d'autres choses encore, je ne trouve pas le mot pour le dire, là où l'on pose ses pieds, comme une mine... une mine ? Vous dites ? ah, sous sol, oui il y a des pierres précieuses. Quelque chose dans ce genre.

Bref, il faut trouver des emplois pour que les gens travaillent. Trouver des emplois pour les gens. Mais en ce moment, nous voyons que la plupart de l'argent qui vient de la communauté internationale va droit dans les poches des chefs militaires, alors que le domaine de l'éducation est tellement important. Nous voulons des améliorations. Et encore, je vous le redis, nous ne souhaitons pas de ces gens, de ce gouvernement, comme vous le voyez, ce qui se passe avec l'occupation de l'Afghanistan ou encore de l'Iraq. Au moins, ces deux pays devraient servir d'exemple.

L'unique espoir repose dans les peuples démocrates du monde, dont les États Unis, il faut faire entendre des voix contre la mauvaise politique de votre gouvernement, et lancer le combat ici aussi, pour travailler main dans la main avec les hommes et les femmes démocrates de l'Afghanistan. Je crois que ce dicton célèbre est vrai : "La nation qui se libère seule est libre, mais une nation qui se pose en libératrice des autres les conduira à l'esclavage. »C'est ce que nous avons vu à la fin. Merci.

Pour finir, je veux vous dire qu'ils auront beau détruire toutes les fleurs, ils ne peuvent pas détruire le printemps. Un jour, la démocratie, les droits des femmes, les droits de l'homme règneront sur ce pays. Et nous avons besoin de plus de solidarité et de soutien, cela a une valeur immense, une immense valeur morale pour nous.

FOWLER: Merci, Malalai.

Vous avez entendu la femme politique afghane Malalai Joya, conversant avec Marilyn Fowler, fondatrice et présidente du réseau Women's Intercultural Network. Cette soirée exceptionnelle a eu lieu à San Francisco le 16 juillet 2008, dans le cadre des séries d'allocutions du Musée International de la Femme : Voix extraordinaires, changements extraordinaires, en lien avec l'exposition en ligne Les Femmes, le Pouvoir et la Politique.

Voix extraordinaires, changements extraordinaires réunit des femmes faisant des choses extraordinaires au nom du changement politique, social et économique pour les femmes du monde entier. Cette série peut continuer à exister grâce au soutien généreux de la Wells Fargo Bank.

Les Femmes, le Pouvoir et la Politique est une exposition en ligne innovante, multi-média et multi-lingue, qui vous donne accès aux histoires inspirantes de ces femmes qui demandent et qui exercent le pouvoir. Elle permet de mettre en lien les femmes du monde entier et de transformer leurs communautés pour le meilleur.

Rendez-vous sur notre site Internet, pour découvrir encore plus d'histoires de ces femmes remarquables sur www.imow.org. Si vous avez apprécié ce podcast, nous espérons que vous vous abonnerez à nos séries mensuelles.

Merci de nous avoir écouté!


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Malalai Joya , Afghanistan , Podcast




Commentaires

Thank you for posting this! I wanted to see her in person but didn't get the chance. I'm looking forward to listening to the audio.

They will destroy all of the flowers
But they never can stop the spring.
Malalai Joya
I like your concluding comments
Cannot stop the Sun from shinning
Cannot stop the Moon from glistening
Malalai Joya you will be that Moon and the Sun


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