BIOLOGIE

Du Danger dans les Rues

Les Egyptiennes Luttent Contre le Harcèlement Sexuel Public

Récemment dans les rues d'Egypte, les femmes sont assaillies - menacées par des regards, des mots et des agressions physiques. Tandis que plus d'Egyptiennes réclament la liberté et le pouvoir d'entrer dans la sphère publique, elles sont confrontées à une vague croissante de harcèlement sexuel public.

Image
AP Photo/Ben Curtis
Protestataires manifestant contre les agressions sexuelles à l'encontre des femmes et contre l'échec du gouvernement de les mettre en examen, au centre du Caire, Egypte, jeudi 9 novembre 2006. Agrandir >
Image
Centre Egyptien pour les Droits des Femmes
Cette affiche de campagne du Egyptian Centre for Women's Rights dit: "Sécurité pour tout le monde. Quand vous sifflez...qu'est ce que vous gagnez?" Agrandir >

Cette tendance a soudainement attirée l'attention internationale en 2006, quand des vidéos amateurs ont filmé une foule d'hommes entourant et pelotant des femmes pendant un festival religieux. Ces vidéos ont été partagées sur internet pour que le monde puisse en être témoin.

Les cibles ne sont pas limitées à un groupe spécifique. Des femmes de tous âges et de toutes classes sont la cible de comportements obscènes, même celles qui sont habillées de façon pudique portent le voile.

Des experts ont avancé de nombreuses explications - l'explosion de matériel sexuel facilement disponible, le manque d'éducation sur le sexe et la sexualité et l'économie égyptienne. En raison du coût élevé de la vie, les couples sont forcés d'attendre plus longtemps avant de se marier, ce qui, selon certains experts, amènerait à une augmentation de la frustration sexuelle pour une partie de la population masculine.

Peu importe la cause, les femmes ont peur de porter plainte contre le harcèlement auprès de la police, de peur d'être ignorées, ou pire, blâmées pour leur agression.

Le Egyptian Centre for Women's Rights (Centre Egyptien pour les Droits des Femmes) a déclaré qu'il s'agissait d'un "cancer social". Leur campagne contre le harcèlement sexuel public lutte pour faire appliquer les lois protégeant les femmes, pour amener de nouvelles lois et briser le silence qui entoure ce sujet tabou.

I.M.O.W. a parlé avec Engy Ghozlan, Project Coordinator pour le Egyptian Centre for Women's Rights.


Comment vous êtes-vous impliquée dans la campagne contre le harcèlement sexuel ?

Vous entendez des commentaires dans la rue comme: "Ta place est à la maison". "Tu ne devrais pas être dans la rue". Cela m'a pris des années pour reconnaître que la dépression dont je souffrais quand je marchais dans la rue était due au fait que je n'agissais pas, que je restais silencieuse.

Pour moi, c'était un problème et j'ai décidé de ne plus être la victime d'aucune violence sexuelle. J'ai senti qu'il était temps de passer du statut de victime à celui d'une personne qui aide les autres et s'aide elle-même à survivre chaque jour dans la rue. Je ne serai peut-être pas capable de mettre un terme à ce problème toute seule, mais au moins, en parler m'a donné le pouvoir de sentir que je n'ai plus à être triste, je sais que je fais quelque chose et c'est suffisant pour moi jusqu'au jour où je verrai une loi qui pourra nous protéger dans la rue, les autres femmes et moi.

Est-ce que le harcèlement sexuel se produit dans des cadres variés ? Dans la rue - mais aussi à la maison et dans les écoles?

Oui, le harcèlement sexuel se produit également à la maison, à l'école et à l'université, et évidemment sur les lieux de travail. Les jeunes filles doivent travailler dans des magasins ou des restaurants, les propriétaires les utilisent sexuellement. Ils sont certains qu'elles ne peuvent pas partir et ne peuvent en parler parce qu'alors elles ruineraient leur propre réputation.

Les jeunes filles sont parfois victimes de harcèlement sexuel dans la rue. Si elles s'arrêtent et disent au garçon, « Ne fais pas ça ! » ou « Tu m'agresses ! » -- parfois les gens dans la rue ne soutiennent pas la victime - en fait ils disent que c'est sa faute.

En Egypte, si une jeune fille se rend dans un commissariat de police, les gens commencent à répandre des rumeurs à son sujet. Alors les jeunes filles ne peuvent se rendre à la police, elles ne peuvent en parler. Notre première idée était de briser le silence et de laisser les jeunes filles commencer à parler.

Est-ce difficile d'agir de la sorte dans une culture dans laquelle il n'y a pas beaucoup de conversations au sujet de la sexualité en général ?

Au moment où la campagne a commencé, parler de harcèlement sexuel ou de quoi que ce soit d'autre de nature sexuelle était tabou. Les jeunes filles étaient dans la dénégation, elles disaient qu'elles n'en avaient pas été victimes, mais quand vous leur parliez un peu en évitant les mots sexuels, elles commençaient à écrire et ce qu'elles écrivaient était horrible.

Nous avons été vraiment contents que, finalement, les gens parlent de quelque chose qui est lié à leur sexualité ou à leur corps. Nous avons rencontré de nombreuses jeunes filles qui se culpabilisaient. Ces jeunes filles pensaient que la raison pour laquelle elles étaient harcelées était leur corps et le fait que leur corps était beau, qu'elles portent le voile ou couvrent leur visage ou pas.

Une partie de votre campagne cible les deux parties; vous essayez d'améliorer la prise de conscience parmi les jeunes hommes ainsi que parmi les jeunes femmes. Avez-vous constaté des changements chez les hommes avec lesquels vous avez travaillé?

Quand vous leur posez question "Pourquoi harcelez-vous sexuellement?", les hommes vous donnent une réponse vraiment stupide. Ils pensent que les filles aiment être harcelées sexuellement, au moins verbalement, parce que cela leur donne l'impression d'être belles, attirantes et les hommes pensent que c'est une chose que les filles apprécient en fait.

Mais à présent, certains disent: "Je pense à ma soeur, je pense à ma maman. Et si ma maman se promenait dans la rue et que quelqu'un la touche ? Je me sentirais blessé, j'aurais peur pour elle. J'aurais envie de la protéger. Et peut-être qu'en pensant autrement, si j'imagine que chaque femme dans la rue pourrait être quelqu'un de ma famille, cela me ferait changer".

Pour les gens qui agissent de la sorte depuis de nombreuses années, le fait de simplement augmenter la prise de conscience n'est pas suffisant pour changer les comportements. Vous devez changer les circonstances entourant ce comportement. Les circonstances qui sont dans nos mains, c'est de faire changer la loi.

Une situation économique qui permettrait aux hommes de se marier plus tôt et de commencer une vie, pour leur permettre de trouver un emploi, de se trouver eux-mêmes et d'avoir des opportunités n'est pas quelque chose que je peux garantir à court terme. Ce que je peux dire c'est que si nous avions des lois et un changement de la situation économique et sociale, peut-être qu'un jour prochain nous verrons un changement dans le comportement.


(0) | Ajouter Votre Commentaire

Balises :

Egypt , Egyptian Centre for Women's Rights , Sexual harrasment , Middle East , Violence , Islam , Veil , medio oriente , velo , violencia , Moyen Orient , voile , العنف , النقاب , الشرق الأوسط , الإسلام




Commentaires


Connexion





RSS