BIOLOGIE

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Les Mères de la Plaza de Mayo en Argentine

Quand les mères élèvent la voix, elles ne peuvent être ignorées. Parmi les exemples les plus fascinants, on note les Mères Argentines de la Plaza de Mayo. Leur mouvement a grandi, d'une poignée de femmes au commencement, pour devenir une force et une inspiration nationale ; ces femmes étaient poussées, contre toute attente, par leur amour pour leurs enfants.
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Un clip du film de 1985 intitulé Las Madres, The Mothers of the Plaza de Mayo, Argentina. Ce documentaire de Susana Muñoz et de Lourdes Portillo a été nominé aux Academy Awards.
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Marguerite Bouvard

Pendant les années 70 et 80, durant la "Guerre Sale" d'Argentine, 30 000 fils et filles ont été kidnappés, torturés et tués dans le pays. Les juntes militaires ont été déployées pour annihiler l'opposition de gauche des syndicalistes, des étudiants et des activistes. Tandis que les tactiques de terreur du gouvernement avaient réduit la majorité de la population au silence, un groupe de mères a refusé de se cacher.

Ces mères ont exigé de connaître le destin de leurs enfants « disparus » en se rassemblant et en se faisant voir. Se tenant le bras, elles ont encerclé la place devant le palais présidentiel de Buenos Aires, portant les photographies et les noms de leurs enfants.

Ce ne fut pas une marche de protestation dramatique unique. Ces mères ont marché chaque jeudi après-midi à trois heures et demi, pendant 30 ans. Leur chant est resté le même : "Ramenez-les vivants". Cette action simple et répétitive a capté l'attention du monde, transformant le destin des "disparus" en une cause internationale pour les droits de l'homme.

Quand le gouvernement civil fut restauré en 1983, les auteurs de ces « disparitions » ont été jugés. Beaucoup d'entre eux n'ont été que peu, voire pas du tout punis. Le gouvernement a offert aux mères une réparation: 250 000$ par enfant. Les arguments pour savoir s'il fallait accepter ou pas cet argent a divisé le groupe en deux.

Les mères ont continué à marcher, rejointes par un groupe de grands-mères. De nombreuses femmes « disparues » étaient enceintes quand elles ont été enlevées. Les grands-mères ont cherché cette génération suivante d'enfants perdus. Jusqu'à présent, elles ont localisé plus de quatre-vingt petits-enfants.

En 2006, les groupes de Mères ont officiellement arrêté de protester pour les « disparus », mais elles continuent à se rassembler chaque semaine sur la Plaza pour marcher pour d'autres causes.

Sur cette page vous pouvez voir un clip du film de 1985 intitulé Las Madres, The Mothers of the Plaza de Mayo, Argentina. Ce documentaire de Susana Muñoz et de Lourdes Portillo a été nominé aux Academy Awards .

Les extraits suivants viennent de Circles of Love Over Death: The Story of the Mothers of The Plaza de Mayo. L'auteur, Matilde Mellibovsky a rassemblé des témoignages à la première personne de 21 Mères. Elle-même est la mère d'un enfant « disparu ».


Carmen Aguiar de Lapaco
Mère de Alejandra Mónica Lapaco
Enlevée le 17 mars 1977 à l'âge de 19 ans

J'étais excessivement timide et j'avais des difficultés à faire des choses. Une fois que ce qui est arrivé à ma fille s'est passé, c'était comme si je m'étais réveillée et pour son salut, j'allais tout faire et j'ai oublié ma timidité.

 

Elida Busi de Galletti
Mère de Lilliana Galletti
32 ans, enlevée le 13 juin 1977

Quelqu'un m'a demandé: "Qui a disparu pour vous?" Cela m'a fait l'impression d'un seau d'eau froide, mais en même temps, j'ai compris que je n'étais pas seule, que nous traversions toutes la même chose. Et elles ont commencé à me raconter des choses vraiment terribles. Certaines avaient vu leurs enfants torturés devant leurs yeux - dans leur propre foyer - avant qu'ils ne soient enlevés. D'autres avaient perdu deux ou trois enfants... c'était horrible. ...

Jamais, jamais ils ne nous ont rien demandé tandis que nous marchions en cercle, à part notre nom, pas même notre nom de famille... et je suis restée marquée et liée à jamais à cette lutte et aux objectifs de ces Mères.

 

Marta Vázquez
Mère de María Marta Vázquez de Lugones, 23 ans,
Enlevée avec son mari, Cesar Amadeo Lugones, 26 ans,
le 14 mai 1976

Nous savons qu'ils écoutaient nos lignes téléphoniques, que nous étions surveillées à tout moment, mais aussi que ce que nous faisions n'était pas contraire à la loi, que c'était humain, que c'était légal, que nous n'avions rien à cacher. Et donc nous avons continué à marcher, à parler au téléphone. Quand nous voulions dire que nous avions une réunion, nous disions: "Nous allons jouer au canasta". "Nous allons coudre." D'autres disaient, « Nous allons faire un peu de broderie » ...

La police en uniforme nous a appris à circuler, en cercle. ... Ils ne savaient pas encore qui nous étions, mais quelque chose doit les avoir mis mal à l'aise et ils ont commencé à nous dire de circuler, que nous ne pouvions pas rester là. Et c'est ce qui nous a donné l'idée de marcher tout le temps. Ils nous disent: "CIRCULEZ! CIRCULEZ!" Alors nous avons commencé à marcher. ... Un jour,quelqu'un a suggéré de marcher « deux par deux » et ensuite nous avons commencé à marcher comme ça et nous nous sommes rendues compte que de cette façon nous étions plus visibles et nous avons continué à marcher ainsi. Nous ne pouvions plus arrêter, parce que quand nous essayions d'arrêter, ils nous faisaient continuer à marcher...

La force qui manquait à l'une de nous certains jours, une autre l'avait à cette occasion. L'autre avait les mots de consolation, pour nous pousser à continuer, des mondes de valeur, de courage, et nous avons continué.

 

Carmen Robles de Zurita
Mère de Nestro Juan Agustín Zurita,
enlevé à l'âge de 25 ans, le 1er août 1975
et de María Rosa Zurita, enlevée à l'âge de 21 ans, le 1er novembre 1975

Je continue à rechercher mes enfants et les enfants de tout le monde, parce que pour moi, votre fille est ma fille, elle est un peu la mienne. Mes enfants sont un peu les vôtres.

 

Matilde Saidler de Mellibovsky
Mère de Graciela Mellibovsky
enlevée à l'âge de 29 ans, le 25 septembre 1976

Nous, les mères, nous sommes mises d'accord que nous devions porter quelque chose afin de nous reconnaître les unes les autres, juste au cas où certaines d'entres nous seraient détenues. A ce moment-là, nous avons parlé de porter un bandeau blanc dans le style vietnamien ou un mouchoir blanc, que tout le monde portait dans son sac à main. C'est ce dont je me souviens.

Depuis ce moment, le fichu est devenu un article irremplaçable. Et ce petit fichu est devenu le symbole de la Plaza de Mayo. ... Les gens connaissent le fichu dans différentes parties du monde. Et d'autres femmes, dans des situations différentes, prennent la décision de le porter pour sortir et lutter pour une cause "comme ces femmes là-bas à la Plaza de Buenos Aires." ....

La "Marche des Affiches". ... Nous étions tout un groupe de femmes, chacune portant une affiche avec une photo agrandie de son enfant disparu... Nous portions nos affiches bien hautes, pour qu'au-dessus de nos têtes, de beaux visages apparaissent, des visages jeunes, pleins de vie, les visages de nos enfants. Et comment ont réagi les gens qui nous ont croisées? Au départ, sidérés, ils se sont arrêtés. Leurs yeux restaient fixés sur les photos ; les affiches restaient immobiles; immobiles comme les visages des passants. Ils se regardaient. Parce que ces photos n'étaient pas de simples portraits. Elles étaient la preuve d'une existence incontestable qui devait être rendue. Elles étaient là - avec ces visages, c'est comme ça qu'ils étaient - avec ces regards, ces expressions et ces poses.

Une fois les premiers mouvements de consternation passés, les gens ont fait des commentaires, montré du doigt, posé des questions à voix haute: "Mais ces enfants-est-ce que ce sont les disparus? Comment est-ce possible?" ...

Nous montrions à nos concitoyens l'horrible vérité que la dictature prenait tant de peine à cacher de milliers de façons.

 

Enriqueta Maroni
Mère de Juan Patricio Maroni et de María Beatriz Maroni de Rincón
et belle-mère de Carlos Alberto Rincón, enlevés le 5 avril 1977

Le fait qu'une telle tragédie ne nous ait pas paralysées, mais au contraire, nous ait stimulées, est étonnant. Cela nous a donné la force de nous lancer sur un chemin que nous n'aurions jamais cru prendre.

Au début, nous avons demandé, supplié, fait des pétitions encore et encore pour avoir des nouvelles de nos enfants. Est-ce qu'ils avaient été avalés par la terre ? Après, nous avons fait face directement à la dictature et avons exigé leur retour. Nous ne nous inquiétions pas de savoir qui était le plus fort.

Notre amour pour nos enfants nous a amenées à défier leur appareil répressif.

 





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