Sejal, qu'est ce qui vous a amenée à créer Girls Helping Girls?
En troisième année, j'étais impliquée dans deux organisations à but non lucratif, Youth Service America et Girls for Change. En travaillant avec ces organisations, j'ai réalisé que j'étais privilégiée et que, contrairement à mes amies et moi, de nombreuses jeunes filles dans le monde n'avaient pas confiance en leurs capacités et pensaient même qu'elles n'avaient aucune contribution à apporter au monde.
J'ai créé Girls Helping Girls parce que je voulais atteindre les jeunes filles les plus marginales et les plus vulnérables et les aider à réaliser leur voix intérieur en leur donnant la connaissance, les outils, le réseau de soutien et les ressources nécessaires pour réaliser leur vision du monde.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler au niveau international et non localement?
Je pense qu'il n'est plus possible de travailler exclusivement dans sa propre communauté, isolé du reste du monde. Notre monde devient de plus en plus « plat », comme le dirait Thomas Friedman. Les innovations technologiques et les forces de la mondialisation ont presque réussi à connecter des personnes disparates et isolées dans une même synergie mondiale.
Cependant, l'avènement de cette communauté mondiale a amené une série de défis interconnectés. Aujourd'hui, les problèmes d'une région affectent le monde entier.
En résultat, notre monde complexe et interconnecté exige que nous créions une nouvelle génération de jeunes dirigeantes qui connaissent bien les problèmes mondiaux et soient préparés à réfléchir à des solutions possibles. Avec Girls Helping Girls, nous travaillons à la formation de ces dirigeantes.
A votre avis, quel est le problème le plus critique pour les jeunes filles actuellement?
Le problème le plus important pour les jeunes filles d'aujourd'hui, n'est ni la pauvreté, ni la violence, ni la dégradation de l'environnement, mais quelque chose de plus insidieux et de plus subtil : l'ignorance.
Parce que tant de gens sont incapables d'apprécier tous les êtres humains comme des dons uniques, ils ont fini par s'enfermer dans une vision du monde insulaire. Dans ce processus, ils ont contrarié non seulement leur propre autoréalisation, mais plus important encore, celle de gens qui sont moins équipés pour exprimer clairement leur voix et prendre en main leur destin.
Les jeunes filles sont particulièrement victimes de ce monde insulaire et de cette ignorance. A Girls Helping Girls, nous pensons que nous pouvons supprimer l'ignorance par l'éducation, la communication et la collaboration internationale.
Pouvez-vous nous parler de votre programme Empower-a-Girl?
Empower-a-Girl est un programme de terrain, basé sur un système d'équipes qui allie des jeunes filles des Etats Unis et des jeunes filles des pays en voie de développement afin qu'elles travaillent ensemble pour accomplir un de nos quatre objectifs mondiaux: l'éradication de la pauvreté, l'amélioration de l'accès à l'enseignement, l'amélioration de la santé et la promotion de la paix. Les équipes peuvent regrouper entre 5 et 100 jeunes filles. Actuellement, nous travaillons avec 30 équipes dans le monde entier.
Ce programme dure une année. Pendant la première partie de l'année, les jeunes filles utilisent les guides de programme que nous avons développés pour apprendre à connaître les problèmes mondiaux, en parler et comprendre comment ces problèmes sont liées à leur équipe sœur et à leur propre communauté locale.
Pendant la seconde moitié de l'année, les jeunes filles travaillent sous notre supervision pour mettre en place leur propre projet de changement social afin d'atteindre l'objectif mondial particulier qu'elles ont étudié toute l'année.
Par exemple, une équipe qui a étudié l'accès à l'éducation a créé un programme d'alphabétisation à la bibliothèque locale pour apprendre aux élèves défavorisés à lire, écrire et compter. Une autre équipe, basée en Inde, a aidé à attirer l'attention et à réunir des fonds pour créer un centre de formation technique et professionnelle pour les femmes.
Le composant final du programme Empower-a-Girl est notre investissement dans les initiatives de jeunes filles. Parce que nous croyons que les jeunes filles doivent bénéficier d'une éducation holistique afin d'être responsabilisées, nous récoltons des fonds pour payer leurs frais scolaires et leur apporter des fournitures, des livres et des uniformes, et pour les aider à meubler leurs classes.
Sisters 4 Peace est votre initiative de networking pour les jeunes filles. Comment cela fonctionne-t-il?
Sisters 4 Peace est une plateforme pour le changement social et un mouvement pour changement social qui met en place un système de conseil entre un entrepreneur social expérimenté et un entrepreneur social en herbe.
Les jeunes filles expérimentées sont appelées des "ambassadrices pour la paix", elles conseillent et forment des jeunes filles pour lancer et faire fonctionner leur propre association à but non lucratif, leur entreprise ou leur programme pour le changement social.
Nos ambassadrices pour la paix sont toutes des artisanes de changement expérimentées. Par exemple, notre ambassadrice pour le Kirghizistan œuvre pour réintégrer dans les écoles des jeunes qui sortent de centres de détentions pour jeunes.
Notre ambassadrice kenyane, qui est une mère adolescente, a créé un programme de micro-prêts pour d'autres mères adolescentes dans sa communauté, tandis que notre ambassadrice rwandaise utilise l'art et le théâtre pour combler le fossé entre Hutus and Tutsis.
Quels sont les avantages et les désavantages de travailler au niveau international?
Il y a toujours des barrières quand on travaille au niveau international. La communication constitue toujours un problème, non seulement à cause des différences de langues mais aussi à cause de différences culturelles. Par exemple, il est parfois difficile pour les équipes américaines de comprendre les pratiques culturelles de leurs équipes sœurs, comme le port du voile par exemple. Quand ces situations se présentent, nous luttons pour expliquer qu'un style de vie n'est pas nécessairement meilleur qu'un autre. Il existe voilà tout
Mes collègues, Angelica Teng et Hanna Kim, et moi avons également développé une façon de faciliter la communication entre les équipes pour éviter les malentendus culturels et linguistiques.
Nos équipes communiquent par lettres et e-mails. Les lettres arrivent toujours au siège de Girls Helping Girls, où nous les lisons avant de les faire suivre aux équipes. Si nous trouvons un mot étranger, ou si une équipe mentionne un festival ou une fête sans en expliquer le sens, nous insérons un addendum pour expliquer ce mot ou ce concept. De cette façon, nous veillons à ce que la communication soit parfaite et le processus d'apprentissage fructueux.
Dans quelle mesure internet est-il avantageux pour une organisation internationale?
Internet est indispensable. Sans cela, nous n'en serions pas arrivées là. Tout le monde nous a trouvé grâce à internet, nous avons trouvé nos organisations partenaires et nos ambassadrices pour la paix sur internet et les jeunes filles communiquent via net. C'est un élément fondamental de notre travail. Internet nous a donné la forme et la plateforme pour exprimer clairement notre mission et pour connecter des jeunes filles par delà les frontières et les fuseaux horaires.
Je ne veux pas dire qu'internet est le grand égalisateur, parce que beaucoup de personnes n'y ont pas accès, mais pour les jeunes filles qui sont connectées, internet a été le meilleur moyen pour échanger des informations et collaborer.
Est-ce que les jeunes s'organisent mondialement autour d'un problème particulier actuellement?
Il y a indubitablement un mouvement de jeunes artisans de changement dans le monde. C'est un mouvement en expansion, un mouvement magnétique, parce que les jeunes incitent d'autres jeunes à s'impliquer. Même si je ne pense pas qu'il y ait un sujet particulier, je pense que les jeunes se mobilisent pour inspirer leurs pairs pour qu'ils s'impliquent dans le changement social.
Je pense qu'il est difficile pour les jeunes de s'organiser autour d'un seul problème. Les jeunes gens se passionnent pour tant de choses et de nos jours ils s'organisent autour de ce qui les fait bouillir.