ELECTIONS

Cachemire et Elections

Voix de la Communauté: Ather Zia

Erudite cachemirienne, journaliste et ancienne fonctionnaire, Ather Zia, offre une histoire détaillée et rarement abordée des élections et des campagnes électorales dans la région contestée du Cachemire (Inde). Elle explique l'histoire compliquée de cette région et approfondit une série de problèmes concernant la désillusion des Cachemiriens concernant la politique électorale, la quasi invisibilité des femmes dans les positions de leadership, les parentés politiques des femmes, les trucages et la lutte des Cachemiriens pour l'auto-détermination.

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Une protestation pro-liberté Agrandir >
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Collégiennes au cours d'un rassemblement pro-liberté Agrandir >
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Femmes de zones rurales dans un rassemblement électoral du parti National Conference Agrandir >
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Campagne de Mehbooba Mufti du People's Democratic Party Agrandir >

Une Saga d'Ambigüité et de Désillusion

Le Cachemire et les élections partagent une histoire tendue et confuse. C'est une histoire dans laquelle certains hommes s'en remettent à la politique opportuniste, d'autres participent à contrecœur, d'autres encore l'évitent, tandis que les femmes, ironiquement, deviennent visibles par leur quasi absence. Le régime politique du Cachemire est d'une espèce particulière et ce qui peut sembler être une valeur démocratique ailleurs, ne se traduit pas de la même façon pour les habitants de cette région en conflit. Donc, les élections - universellement considérées comme un exemple de la démocratie en action--n'a pas la même signification au Cachemire.

Afin de comprendre l'implication--ou plutôt la non-implication--des femmes dans les élections et dans les campagnes électorales cachemiriennes, il est important de jeter un regard sur l'histoire du tumulte cachemirien. Il est important de comprendre que l'inégalité de l'engagement de genre dans la politique au Cachemire n'indique pas l'analphabétisme politique des femmes, mais est le résultat d'un environnement politique tumultueux amené par l'alliance contestée du Cachemire avec l'Inde et par la lutte armée.

Depuis que l'Inde et le Pakistan se sont libérés de la Grande Bretagne, ils ont combattu pour la domination territoriale du Cachemire.

Depuis 1948, le Cachemire est divisé en deux, les zones au nord et à l'ouest sont contrôlées par le Pakistan et le reste par l'Inde. Selon les résolutions des Nations Unies, un plébiscite est sensé déterminer le statut final du pays. Cependant, l'Inde n'est pas d'accord et considère que les élections qui se sont tenues dans la partie du Cachemire occupée par l'Inde annulent le besoin de plébiscite. En résultat la politique électorale au Cachemire est lourde de débat conflictuel et d'agitation.

Le Ruisseau de Trucage: Qu'est ce Qui Vous Branche?

Dans ce bourbier de régime politique douteux, le peuple cachemirien, sans aucun doute conscient politiquement, est désillusionné par la politique. Dans un scénario où les hommes hésitent beaucoup à se lancer en politique, il n'est pas étonnant que la politique n'ait pas constitué une priorité pour les femmes, qui sont par ailleurs de plus en plus actives en tant que professionnelles et membres productifs de la société.

Le processus électoral au Cachemire a historiquement occasionné trucages et suppression de l'opposition, une situation que même des Indiens célèbres ont critiquée.

Tavleen Singh, une journaliste indienne réputée utilise les termes « d'élections truquées et de démocratie fictive » pour décrire le régime politique cachemirien. Comme l'a rapporté la BBC en 1996, M. Inderjit Gupta, Home Minister d'Inde, a déclaré ". . . au Jammu et au Cachemire, toutes les élections qui ont eu lieu jusqu'à présent ont été truquées pour servir les intérêts des gouvernements successifs". Les radicaux de droite tels que L. K. Advani, l'ancien Premier Ministre d'Inde, ont admis une histoire ininterrompue de truquages électoraux.

En 1986 le mécontentement politique a mené à la formation du nouveau parti baptisé le Muslim United Front (MUF), qui bénéficiait du soutien des activistes pro-indépendance et d'autres Cachemiriens désillusionnés. Pour la première fois depuis le partage du Cachemire Indépendant, des groupes opposés à l'administration indienne ont essayé de chercher une solution via un processus politique traditionnel.

Cependant, les élections ont été truquées une fois de plus, cette fois par le parti au pouvoir, le National Conference (NC) et les dirigeants et partisans du MUF furent arrêtés. Cet événement s'est avéré être un grand tournant, il a été suivi par un soulèvement armé qui a commencé un nouveau chapitre dans le conflit du Cachemire.

Au cours des élections de 1996, qui se sont tenues après seulement une décennie de silence électoral, même Farooq Abdullah, chef du National Conference et Chief Minister en 1987, a qualifié ces élections de "grotesques et truquées".

La plupart des élections depuis lors se sont tenues sous le contrôle des forces armées et d'autres ailes du gouvernement et ont été boycottées par la majorité des Cachemiriens.

Démocratie Cosmétique & Malheurs Electoraux

Le processus des élections et des campagnes électorales a une humeur différente au Cachemire. Les candidats en lice dans les élections sont en général sous sécurité maximale. Même s'il peut y avoir des bannières et des affiches présentant les candidats, la fanfare d'usage accompagnant de tels événements est absente, tout comme la présence des masses traditionnelles.

Les rassemblements ont souvent lieu dans les zones rurales où des populations illettrées vivant dans de mauvaises conditions peuvent y assister. Le démarchage électoral dans les zones urbaines est quasi inexistant. La plupart des gens ne savent même pas qui sont leurs représentants au sein du district.

Compte tenu de la situation, établir des élections régulières et former un gouvernement élu n'est pas une solution pour assurer une vraie démocratie au Cachemire. En 2002, Le Crisis Group expliquait: "Si le gouvernement indien choisit d'agir comme si les élections seules étaient suffisantes pour traiter la myriade de griefs des Cachemiriens, cela ne sera qu'une question de temps avant que la violence ne s'intensifie à nouveau - comme cela a été le cas à l'approche du scrutin".

Les élections au Cachemire assurent la continuité d'un engagement politique avec l'Inde qui porte une patine démocratique, mais contrecarre essentiellement les efforts pour aborder la demande d'auto-détermination. En dépit d'élections constantes, le conflit reste vivant au Cachemire.

Les Femmes & la Non-Participation Politique

Avec un processus politique qui a non seulement des fondations branlantes, mais manque aussi de soutien populaire, il n'est pas étonnant que les Cachemiriennes se soient rarement lancées en la politique. Même s'il y a une poignée de femmes qui sont actives en politique, leur émergence peut facilement être retracée dans les influences dynastiques.

Quand l'Assemblée de 87 membres a été dissoute, seule une femme, Sakina Itoo, du parti National Conference (NC) fut élue. Elle faisait des études de médecine quand son père a été assassiné. Après sa mort, elle a hérité de son poste. A part elle, deux autres femmes ont été nommées par le NC, qui doit encore annoncer son quota pour les femmes. Cependant, le NC a récemment installé Shamima Firdous à la tête de la nouvelle aile pour les femmes.

Actuellement, le seul visage féminin en politique au Cachemire est Mehbooba Mufti, favorable à l'Inde, qui a présenté trois candidates pour son parti, dont elle-même, au cours des dernières élections. L'incursion de Mehbooba Mufti en politique et par la suite son ascension dans la politique pro-indienne peuvent être attribuées à son père, un homme politique important. Dans une interview pour Business Line, Mehbooba Mufti parle de la difficulté de trouver des candidates:

"J'aimerais avoir autant de candidates que possible, parce que je pense que grâce à leur genre, les femmes politiques sont mieux équipées pour comprendre ce que ressentent les habitants de Jammu et du Cachemire, qui ont subit de nombreuses souffrances et ont dû faire de nombreux sacrifices. Mais dans une situation où il est difficile de trouver même des hommes de qualité pour s'avancer et se présenter aux élections - ils exigent une sécurité que nous pouvons difficilement promettre - c'est un peu trop d'attendre que des femmes dépassent leur rôle dans une société traumatisée et s'avancent pour participer au processus politique".

Les rares femmes visibles dans le firmament politique cachemirien depuis 1948 ont toutes dû leur participation à leur affiliation familiale. Begam Jehan, la femme de Sheikh Abdullah's, dirigeant du parti National Conference et mère de Farooq Abdullah, était une activiste sociale et membre du parlement indien. Il y avait aussi quelques autres femmes dans ce cénacle.

Zainab Ji est issue d'une famille politique et était activiste, tout comme Mahmuda Ali Shah, une gauchiste progressiste. Il y a eu des femmes comme Zoona, une trayeuse de profession, qui était un membre actif du Quit Kashmir Movement de 1946. Krishna Mishri de la communauté Hindou-Pandit qui mena le mouvement des professeurs.

Politique Séparatiste et Femmes

Le seul visage féminin important dans la lutte séparatiste est l'orthodoxe radicale Andrabi, qui est active au sein de son organisation Dukhtaran-i-Millat (Filles de la Communauté). Après les récentes protestations contre l'Inde, la police a confirmé qu'Asiya avait été arrêtée sous le Public Safety Act, selon lequel l'emprisonnement peut atteindre jusqu'à deux ans sans jugement. Quelques groupes de femmes séparatistes comme le Muslim Khawateen Markaz et le Kashmir Women's Forum sont également actifs.

Aujourd'hui, le nombre de Cachemiriennes actives dans le domaine des arts et de la littérature, de la loi, du journalisme, de l'administration et de l'entrepreneurship est en augmentation. Néanmoins, le processus politique n'est pas très attirant pour ces femmes étant donné le rôle primordial que le séparatisme joue dans l'état des affaires au Cachemire et le nombre impressionnant de vies perdues pour cette cause.

Même si l'état est lancé dans une nouvelle élection qui aura lieu plus tard cette année, elle ne provoque aucune ferveur parmi le peuple. Actuellement un fort mouvement populaire a émergé, il évite la résistance armée et poursuit une lutte non-violente pour l'auto-détermination. Les groupes armés ont annoncé un cessez-le-feu pour une résistance paisible marquée par des protestations de masse, des manifestations silencieuses, des rassemblements et des assemblées de prières. Les Cachemiriennes s'avèrent être des partisanes enthousiastes dans cet environnement politique émergeant.


Pour en lire plus à propos de mon œuvre sur le Cachemire, visitez mon magazine en ligne KashmirLit. Pour soumettre une œuvre sur le prochain sujet, visitez la page soumissions.




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Athar Zia is really concerned and deserve appreciation for raising the voice of the people. It is hoped that She will play a significant role for creating the awareness among the global community through online journal/magazine Kashmir Lit.The issues raised in the various articles will certainly be useful and fruitful for the society and system.



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