POUVOIR

Une Lutte au sein d’une Lutte

La Comandanta Esther de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale

Les femmes détiennent un nombre record de positions importantes dans l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) au Mexique. La Comandanta Esther est l'une de ces femmes haut placées, que vous pouvez voir sur la gauche d'une peinture murale. Comme toutes les personnes impliquées dans la lutte zapatiste, elle cache son visage à l'aide d'un masque.

Les Zapatistes tirent leur nom d'Emiliano Zapata, un leader de la révolution mexicaine de 1910. Basés dans l'état agricole du sud, Chiapas, leur but est de contrôler les terres sur lesquelles ils vivent et de préserver leur style de vie indigène traditionnel.

Le 8 mars 2001, Journée Internationale de la Femme, la Comandanta Esther a invité les femmes de tout le Mexique à se joindre à la lutte. Les voix et l'expérience des femmes zapatistes se font entendre à travers les mots de la Comandanta Esther.

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Photo: Laila Laquebaila
La Comandanta Esther a gagné sa notoriété quand elle s'est adressée au Congrès mexicain au nom de ses homologues zapatistes le 28 mars 2001. Cet événement a été capturé dans une peinture murale la représentant à la tribune déclarant,

"C'est aussi un symbole que moi, une pauvre femme indigène zapatiste, je sois la première à parler et que mon message soit au centre de ce que nous dirons en tant que Zapatistes".

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"Aux femmes de tout le pays, nous disons, « luttons ensemble ». Nous devons lutter plus, parce que, en tant que [indigenas], on nous méprise triplement: en tant que femmes indigènes, en tant que femmes et en tant que femmes pauvres. Mais les femmes qui ne sont pas indigènes souffrent aussi. C'est pourquoi nous les invitons toutes à lutter, afin que nous cessions de souffrir. Il n'est pas vrai que les femmes ne savent pas, qu'elles ne sont bonnes à rien à part rester à la maison. Cela ne se produit pas uniquement dans les communautés indigènes, mais aussi dans les villes.

Quand j'étais une petite fille, j'avais faim et j'étais malade. Même si nous ne mangions pas bien, nous sommes là. Nous survivons.

Je ne savais pas parler espagnol. Je suis allée à l'école, mais je n'y ai rien appris. Par contre, quand je suis entrée dans l'organisation (EZLN), j'ai appris à parler et à écrire l'espagnol, le peu que je connais. Je suis engagée dans la lutte.

Quand j'ai grandi, j'ai commencé à voir que nous n'avions pas suffisamment à manger, contrairement à d'autres personnes. Alors pourquoi pas nous ? J'ai réalisé que j'avais quatre ou cinq petits frères et sœurs qui étaient morts, c'est alors que j'ai réalisé : « Pourquoi est-ce que mes petits frères et sœurs mourraient ? J'ai réalisé qu'il était nécessaire de lutter, parce que si je ne faisais rien, d'autres frères mourraient, alors j'ai pris une décision. Et je n'étais pas la seule, il y a des femmes qui ont décidé de devenir soldat, aujourd'hui, ces femmes ont le rang de capitaine, major ou lieutenant. C'est comme ça que nous avons réalisé à quel point les femmes peuvent être fortes.

Au début, j'ai dû payer le prix pour la vérité. Les hommes ne comprenaient pas, même si je leur ai toujours expliqué qu'il était nécessaire de lutter pour que nous ne continuions pas à mourir de faim. Les hommes n'aimaient pas cette idée. D'après eux, les femmes n'étaient bonnes qu'à avoir des enfants dont elles devaient prendre soin.

Il y a aussi des femmes qui ont cette idée en tête. Je ne les aimais pas. Certains hommes ont dit que ce n'était pas bien, que les femmes n'avaient pas le droit de participer, que les femmes étaient stupides. Certaines compañeras ont dit, 'Je suis stupide.' J'ai toujours été confrontée à cette situation. Je leur ai expliqué que ce n'était pas vrai, que nous sommes des femmes, mais que nous pouvons faire d'autres choses. Petit à petit, les hommes ont commencé à comprendre et les femmes aussi. C'est pour cette raison que les femmes se battent aujourd'hui et que dans notre combat, les hommes ne sont pas les seuls à se battre ici, nous luttons ensemble.

Depuis le début de la guerre, ce mauvais gouvernement a envoyé des armées, mais celles qui ont été confrontées à ce problème ce sont les femmes. La militarisation a été très dure, mais les femmes n'ont pas eu peur. Elles sont sorties pour repousser les soldats. Ainsi nous avons vu que les femmes ont vraiment de la force, pas avec des armes, mais avec force et cris. Nous voyons que les femmes peuvent être fortes.

La vérité est que nous avons résisté, même si la guerre a commencé depuis des années. En dépit des souffrances, nous sommes toujours là. Si nous n'avions pas résisté, nous ne serions plus là. Bien que beaucoup de choses nous soient arrivées, en dépit de cela, nous ne nous sommes pas rendues. Nous avons été fortes.

En tant que femmes zapatistes, nous avons fait un peu de progrès. Nous avons vu que nous n'avions rien et nous nous sommes demandées, "Qui va nous donner quoi que ce soit si nous ne faisons rien ? » Nous devons travailler, nous devons nous aider pour avoir le peu dont nous avons besoin. Les femmes ont commencé à travailler dans des associations collectives, ensuite dans des boulangeries, des jardins potagers et d'autres endroits.

Avant, les femmes ne participaient pas aux réunions, à l'assemblée, parce que leurs maris ne leur permettaient pas. Les hommes comprennent maintenant ; les femmes peuvent assister aux réunions et les hommes peuvent rester à la maison et prendre soin des animaux. Aujourd'hui, les hommes voient qu'il y a beaucoup de travail dans une cuisine, ils aident leurs épouses et leurs compañeras. Ils ne le faisaient pas avant. Maintenant ils le font. Les choses changent.

Nous expliquons nous-mêmes aux garçons et aux filles qu'ils se doivent le respect et qu'ils sont égaux. Les garçons et les filles vont à l'école. Et pas seulement eux, mais les femmes plus âgées aussi, parce qu'elles y apprennent beaucoup de choses. Les hommes vont aussi à l'école. Parce que nous nous organisons maintenant, et que nous ne fréquentons plus les écoles du gouvernement, nous avons notre propre système autonome d'éducation, dont nous bénéficions tous.

Je pense que nous allons apporter le changement que nous souhaitons, parce que je vois beaucoup de femmes s'organiser. Nous les invitons toutes, de cette façon nous aurons plus de force. Nous allons amener ce changement, nous toutes."


Adapté d'un article de Laila La Quebaila

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